Habitat et jardin: pour quelles abeilles sauvages?

 

Biologie | Environnement

 

Vincent Richoz, 2002 | Ollon, VD

 

Ce projet, réalisé dans le cadre d’un travail de maturité, porte sur l’observation de la nidification des abeilles sauvages et l’influence de l’écosystème sur leur population dans la région Riviera-Chablais. Cette étude dirigée par M. Cédric Huguenin, professeur de biologie au gymnase de Burier a été expertisée par Mme Sophie Giriens, spécialiste des abeilles sauvages. Le travail expérimental a porté sur la conception originale et la construction de quatre nichoirs. L’observation hebdomadaire durant cinq mois a permis de collecter plus de 600 photos décrivant l’évolution de la nidification ainsi que l’identification de plusieurs espèces d’abeilles sauvages.

Problématique

Les populations d’abeilles sauvages, bien que méconnues du grand public, sont en voie de disparition principalement à cause de la diminution de l’offre en fleurs et du manque de sites de nidification. L’importance des abeilles sauvages dans les écosystèmes et dans l’agriculture est immense: elles sont au cœur de la pollinisation des plantes, un service écosystémique bénéfique à l’homme et même indispensable à la vie. Ce travail a pour but de concevoir et construire des nichoirs à abeilles sauvages où l’on peut observer leur nidification et identifier les espèces présentes en fonction des écosystèmes agricoles.

Méthodologie

Pour réaliser ces nichoirs, un système permettant de les abriter mais aussi de les observer sans les déranger a été élaboré. Il se compose de trente-cinq tubes en verre (diamètre intérieur de deux à quatorze millimètres) disposés dans une boîte en bois par groupe de cinq de même diamètre formant ainsi des modules amovibles. Fin mars, quatre de ces nichoirs ont été installés dans différents endroits du Chablais et de la Riviera vaudoise, caractérisés par divers types de végétation et d’altitudes, soit différents écosystèmes. Une visite hebdomadaire et des photos ont été réalisées pendant cinq mois afin d’observer la colonisation des nichoirs, l’activité ainsi que la fermeture des tubes, et donc des nids.

Résultats

Dans les trois habitats situés en plaine, les tubes de deux et quatre millimètres ont été colonisés par des mégachilidés indéterminés, tandis que les tubes de six à douze millimètres ont été fréquentés par des osmies, principalement Osmia cornuta et Osmia bicornis. À noter aussi la visite d’une abeille du genre Anthidium. Aucune abeille sauvage n’a occupé le quatrième nichoir, situé à 750 mètres d’altitude. Dans tous les nichoirs, les tubes de quatorze millimètres ont été visités par des xylocopes, probablement Xylocopa violacea. D’autres insectes, principalement des guêpes solitaires sont venues dans les tubes pour y entasser des araignées (guêpe fouisseuse du genre Trypoxylon), des pucerons (une guêpe de la famille des Crabronidae, peut-être du genre Passaloecus) ou des petites chenilles vertes (guêpe du genre Ancistrocerus) afin de nourrir leurs futures larves.

Discussion

Les trois emplacements en plaine, bien que différents du point de vue floral, ont accueilli les mêmes espèces d’abeilles sauvages, soit essentiellement Osmia cornuta et Osmia bicornis ainsi que d’autres mégachilidés non identifiables sur photo. Le nichoir situé à proximité d’une exploitation d’arbres fruitiers a cependant connu une activité plus intense et plus diversifiée. Par contre, celui situé à 750 mètres d’altitude n’a pas abrité d’abeilles sauvages, probablement plus à cause des conditions climatiques (gelées et neige en avril) qu’à l’environnement floral. En outre, ces nichoirs n’ont pas seulement servi d’abris pour les abeilles solitaires, mais aussi pour plusieurs autres espèces d’insectes qui sont tout autant importants à l’équilibre d’un écosystème.

Conclusions

Les nichoirs se sont avérés très pratiques pour l’observation de la nidification des abeilles sauvages. Toutes les étapes, du stockage du pollen et du nectar en passant par la ponte de l’œuf puis la fermeture des cellules ainsi que l’évolution de la larve en cocon, ont été photographiées. Osmia cornuta, Osmia bicornis, Anthidium sp. ainsi que d’autres mégachilidés et des xylocopes ont été observés. Les deux premières espèces, identifiables sur photo, ont pu être signalées au Centre suisse de cartographie de la faune afin de contribuer aux connaissances sur la répartition de ces abeilles dans le pays. L’observation de l’éclosion des larves, l’identification plus précise des abeilles adultes sous la loupe ainsi que l’analyse des pollens ramenés, permettraient de compléter ce travail.

 

 

Appréciation de l’experte

Sophie Giriens

Le candidat s’est méticuleusement penché sur l’étude des abeilles caulicoles en milieu rural. Les nichoirs ont été entièrement construits et réfléchis pour permettre les observations et pourraient être réutilisés dans de futures études scientifiques. L’analyse de la biologie des abeilles ainsi que du lien avec leur habitat est également intéressante et complète. L’identification plus poussée des résidents des nichoirs a ensuite permis d’apporter de nouvelles données dans la région d’étude. Vincent a rédigé un rapport soigneux et structuré et a démontré d’une très bonne démarche scientifique.

Mention:

excellent

Prix spécial Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et la paysage WSL

 

 

 

Gymnase de Burier , LaTour-de-Peilz
Enseignant: Cédric Huguenin