Laver des oranges avec du bicarbonate de soude permet-il d’éliminer efficacement l’imazalil du zeste?

 

Biologie | Environnement

 

Michel de Raemy, 1999 | Vuisternens-en-Ogoz, FR

 

Ce travail poursuit l’objectif d’étudier le bien-fondé d’une recette de grand-mère par une approche scientifique. La recette de grand-mère choisie pour cette expérience répond à une prise de conscience collective de l’impact des pesticides dans notre alimentation. Elle affirme que laver des fruits ou des légumes avec du bicarbonate de soude permet d’éliminer les pesticides de leur peau. Dans la 1ère partie de mon travail, j’étudie les différentes notions nécessaires pour les expérimentations. La 2ème partie décrit le protocole expérimental. Il utilise notamment la technique QuEChERS (Quick, Easy, Cheap, Effective, Rugged and Safe). Cette technique, basée sur la partition liquide-liquide suivie par une extraction en phase solide, permet une extraction rapide et efficace des analytes. Les échantillons ainsi obtenus sont ensuite analysés par chromatographie en phase gazeuse. Dans la 3ème partie, les résultats sont analysés et discutés afin de répondre à ma problématique.

Problématique

L’objectif de l’expérience était de déterminer si la recette de grand-mère fonctionnait sur le sujet d’expérience choisi: les oranges. De plus, pour des raisons pratiques un seul pesticide devait être analysé. J’ai choisi l’imazalil, entre autres raisons, pour sa fréquente utilisation dans la conservation des agrumes. Ce pesticide est généralement appliqué post-cueillette et protège le fruit contre les champignons.

Méthodologie

L’expérience consiste premièrement à prélever du zeste des oranges dont certaines sont lavées au préalable avec du bicarbonate de soude et d’autres non. A partir du zeste, des échantillons sont préparés selon la méthode d’extraction QuEChERS. Pour ce faire, un solvant et des sels tampons sont ajoutés afin d’extraire le pesticide de la phase aqueuse. Ensuite les impuretés sont éliminées de la phase organique par l’ajout de différentes substances, tels le sulfate de magnésium et le PSA. Les échantillons sont finalement analysés par chromatographie en phase gazeuse couplé à un détecteur de type FID. Cela permet de déterminer la quantité de pesticides présents dans les échantillons. Les analyses ont été effectuées à la Haute école pédagogique de St-Gall, à travers le projet Berzelius.

Résultats

Les résultats sont représentés sur des chromatogrammes par des pics dont l’aire est proportionnelle à la quantité d’imazalil. L’analyse des chromatogrammes indique que les échantillons préparés à partir d’oranges lavées contiennent en moyenne 40 fois moins d’imazalil que les échantillons préparés avec des oranges non lavées. Il semble de ce fait que la recette de grand-mère fonctionne sur les oranges traitées avec de l’imazalil.

Discussion

Bien que les résultats semblent confirmer l’hypothèse initiale, la discussion impose un regard critique. En effet, seul huit échantillons ont été analysés durant l’expérience, laissant ainsi une place relativement importante à la coïncidence. De plus, les valeurs mesurées sont relativement faibles. Cela diminue la pertinence des résultats dans ce type d’analyse. En effet, un bruit de fond est parfois présent et il devient difficile d’en différencier les mesures. Ensuite, le protocole ainsi que les réglages du chromatographe n’étaient pas optimaux. De ce fait, la forme des pics sur les chromatogrammes n’était pas idéale et complique alors la lecture des résultats. Pour finir, par le manque d’expériences de contrôle: il est difficile de déduire si la réduction de l’imazalil est due à une réaction chimique entre le bicarbonate et le pesticide ou plutôt à un effet mécanique.

Conclusions

Les résultats indiquent que les échantillons préparés avec des oranges lavées selon la recette de grand-mère ont tendance à contenir moins d’imazalil que ceux préparés à partir d’oranges non lavées. Cependant, ces résultats manquent de certitude. Pour les confirmer, une suite à l’expérience serait nécessaire. Pour ce faire, le protocole et les réglages du chromatographe pourraient être améliorés afin d’apporter plus de précision aux résultats. Ensuite, le protocole serait reproduit sur un grand nombre de sujets d’expérience afin d’augmenter la signification statistique des mesures. De plus, il serait intéressant d’effectuer des expériences de contrôle afin de déterminer l’effet du bicarbonate de soude. En effet, en lavant les oranges avec du sable, par exemple, il serait possible d’étudier uniquement l’effet mécanique du bicarbonate de soude. Mais encore, en comparant l’efficacité d’un lavage à l’aide d’une solution de bicarbonate de soude avec un lavage à l’eau pure, une potentielle action chimique du bicarbonate de soude pourrait être mise en évidence.

 

 

Appréciation de l’expert

Dr. Albert Ruggi

Ce projet de Maturité a pour but de vérifier scientifiquement une « recette de grand-mère » : la possibilité d’éliminer un pesticide du zeste d’orange en lavant simplement le fruit avec du bicarbonate de sodium. Pour vérifier cette hypothèse, l’étudiant a utilisé une méthode analytique basée sur une technique d’extraction des pesticides (QuEChERS) et sur la chromatographie gazeuse (GC). Dans ce travail le candidat montre une grande clarté, une compréhension approfondie des différentes phases de l’investigation scientifique et un esprit critique remarquable.

Mention:

très bien

 

 

 

Collège Sainte Croix, Fribourg
Enseignant: Laurent Pillonel