Les freins à l’introduction du suffrage féminin en Suisse

 

Histoire | Géographie | Économie | Société

 

Océane Gachoud, 2001 | Charmey, FR

 

«La Suisse compte 1 million 900 mille femmes qui se trouvent être gouvernées par 1 million 600 mille hommes; ce sont les hommes qui font les lois, seulement ces lois concernent tout le monde pas seulement les hommes!». Cette phrase tirée du film l’Ordre Divin de Petra Volpe dépeint les couleurs de mon travail. À l’instar de Nora, la protagoniste qui s’émancipe et lutte pour ses droits politiques, j’ai tenté de percer le secret du 7 février 1971, date de l’obtention du suffrage féminin au niveau fédéral en Suisse et d’en élucider les causes de son retard.

Problématique

Identifier les facteurs qui ont contribué à retarder le suffrage féminin en Suisse, telle était la gageure principale de mon travail. Son analyse à l’aune du prisme de l’Ordre Divin se focalise sur la période des 30 Glorieuses (1945-1975). La recherche s’articule autour de trois axes: les aspects politiques, sociaux et économiques.

Méthodologie

Afin de percer le secret de cette «anomalie» suisse, des archives sonores et journalistiques ainsi que des thèses ont été nécessaires. Le corpus des connaissances a été enrichi par des entretiens qualitatifs avec les Docteures Mesdames Brigitte Studer et Elisabeth Joris. Le séminaire suivi sur la question du suffrage féminin à l’Université de Berne et à Neuchâtel a donné une nouvelle teinte à mon travail. Afin d’étoffer et d’actualiser mes recherches, j’ai questionné quelques politiciennes des principaux partis gouvernementaux sur des questions de genre. La comparaison croisée des sources et des avis m’ont permis d’étayer ou d’infirmer mes hypothèses initiales.

Résultats

Le retard du suffrage féminin est constitué d’un cumul de facteurs. Le système fédéraliste et la démocratie suisse a eu un impact car le Conseil fédéral a préféré repousser ces questions «épineuses» sur le dos des cantons. De plus, la non-unification des associations en faveur du suffrage féminin a contribué à accentuer ce retard. Quant à l’aspect social, le plus notoire, il se traduit par une société patriarcale et par des stéréotypes. Communément admis dans les mœurs, les femmes étaient de par leurs natures vouées à la sphère intérieure et par voie de conséquence, au ménage et à la maison. À l’inverse, les hommes se devaient de vaquer à la politique, la sphère extérieure. La particularité de la Suisse réside dans la persistance des stéréotypes, ceux-ci, contrairement aux autres pays n’ont cessé d’être véhiculé aux alentours des années 70. Des affiches de propagande stipulaient que les femmes ne s’«intéressaient pas à la politique» ou qu’elles étaient trop «émotionnelles» et deviendraient les «proies» des partis politiques. Le décalage entre les institutions et les fidèles, la prudence de l’Église et de la société n’ont pas non plus encouragé le suffrage féminin. Économiquement, lors des 30 Glorieuses, la Suisse se portait bien. En effet la haute conjoncture ainsi qu’une situation économique favorable ont masqué le problème, «les inégalités sont donc plus faciles à accepter». L’éducation, basée sur un système patriarcal, a fortement freiné cette évolution légitime du Droit suisse.

Discussion

La méthode appliquée du croisement des sources ainsi que les entretiens qualitatifs ont permis de mettre en exergue les éléments prépondérants des 3 axes analysés. Toutefois une analyse plus fine, ciblée par canton, pourrait donner des résultats plus précis. De même une discrimination en fonction du système religieux en vigueur enrichirait certainement cette recherche.

Conclusions

S’il est vrai que la lutte pour le suffrage féminin a fait avancer la cause féminine, elle a cristallisé d’autres réalités complexes de la Suisse, à l’instar de ses inégalités salariales. L’obtention du droit de vote par les femmes marque la victoire d’un combat arrivé à la fin des 30 Glorieuses fastes. Toutefois cela dépeint aussi un certain archaïsme ainsi qu’une société qui peine à se détacher de ses stéréotypes et qui laisse peu de place aux femmes dans la vie économique et publique. 1971 n’était qu’une étape. Aujourd’hui, les Suisses seront-ils prêts à parfaire ce qui a été initié? Je suis prête à m’y engager!

 

 

Appréciation de l’experte

Isabelle Paccaud

Les objectifs de ce travail sont clairement formulés. Il se base sur une démarche scientifique. Il se distingue par son originalité en analysant la question sur la base de nombreuses sources mais aussi à travers un film qui sert de fil conducteur. Il possède un ancrage théorique qui se dessine sur trois axes: politique, social et économique. Le travail est très bien structuré . Il dispose d’un état des lieux de la recherche et d’un appareil critique important. Les conclusions sont argumentées et ouvrent une porte sur d’importantes questions toujours d’actualité.

Mention:

excellent

 

 

 

Collège du Sud, Bulle
Enseignant: Serge Rossier